mardi 26 septembre 2017

Plus fort que Hollande !

Le rejeton dépasse le maître. Ceux qui désespéraient de Hollande sont dans une rage froide ou une torpide désespérance. Ceux qui, dans ce qui s’appelait la gauche, ont voté Macron, par peur de la brune Le Pen, ou dans l'espoir d'un renouveau politique détournent les yeux, cherchent une alternative. Le ni droite, ni gauche, apparaît pour ce qu'il est : un techno-libéralisme assumé. Le prince basilic, pourfendeur des fainéants qui ne veulent pas être ni taillables, ni corvéables à merci, apparaît comme le pur produit des strates de la technocratie financière.
Oui Macron et ses députés ont été démocratiquement élus, et les mesures qui ont été annoncées sont pour la plupart cohérentes avec son programme. Mais considérer l'onction démocratique comme un blanc-seing rappelle furieusement le discours d'un certain Sarkozy.
Mais cette politique, outrageusement libérale sur le plan  économique, ouvre un espace à conquérir par une gauche ... à recréer  à partir du champ de ruines du PS, des Verts et du PC. 
Vivre c'est espérer !

Petit florilège, par thème, des premiers pas du gouvernement Macron 

Droit du travail 

 Les ordonnances parachèvent ce qu Valls n'avait pas osé faire : plafonnement très bas des indemnités prudhommales en cas de licenciement abusif. En clair la possibilité de congédier sans risque et à coût réduit tout salarié coupable de déplaire au chef, tout salarié dont les résultats seraient jugés insuffisants ou les absences trop nombreuses, les plus faibles, les seniors, voire les femmes avec enfants en bas âge. Autrement dit la précarisation du CDI. 
La seule issue en cas de licenciement abusif : plainte en justice, aléatoire, pour harcèlement moral ou sexuel.
Flexibilité et précarisation également accrues avec l'extension des contrats de mission : cela va fonctionner comme un allongement des périodes d'essai.
En contrepoint, il y a la règle des accords majoritaires en entreprise et l'inversion des normes est "modérée" : extension du champ des accords de branche : probablement le plat de lentilles pour FO. 

Autre aspect, qui plait aux patrons mais dont les conséquences sont difficiles à prévoir sans la parution des décrets d'application : la fusion de tous les organes statutaires en un seul monstre où tout sera débattu. Le résultat peut être un organe qui ne fera que survoler les problèmes, faisant passer au second plan l'hygiène et la sécurité, alors que les lois précédentes avaient considérablement renforcé leur rôle et leurs prérogatives. Ce peut être aussi une professionnalisation excessive  des délégués transformés en électrons libres, coupés de leurs collègues et des syndicats. 

 Emplois aidés

Une vraie saloperie perpétrée au cœur de l'été. On peut comprendre qu'il faille réexaminer les nombreux dispositifs concernés. Mais là, on ôte l'espoir de centaines de milliers de personnes qui commençaient à retrouver le goût du travail utile et à émerger du statut de pauvre assisté.
Certes les gouvernements précédents avaient usé et abusé des emplois aidés pour dégonfler les statistiques du chômage, mais beaucoup d'emplois aidés s'accompagnent de formations qualifiantes et permettent aux associations et aux collectivités locales de rendre un service utile, voire indispensable, difficilement finançable par ailleurs. Le mécanisme des emplois aidés fonctionnait comme un mécanisme de redistribution et était essentiel pour lutter contre la fracture sociale entre les banlieues et les centres d'agglomération, entre les métropoles et les zones rurales prolétarisées.

Fiscalité

Youpi ! Moins d''ISF pour les plus riches au portefeuille d'actions bien garni, éventuellement détenteurs d’œuvres d'art, de voitures de luxe ou de sport, de yacht  Une flat tax à 30% bien en dessous des tranches les plus hautes de l'impôt sur le revenu. Une CSG qui va peser le plus sur les retraités aisés sans être riches pour autant... Une fiscalité de classe.

Enseignement

Si réaction a un sens, c'est bien celui de la politique de l'enseignement actuelle : son seul moteur, défaire ce qui a été fait sous Hollande, sans aucune concertation, et brutalement. Exit la semaine de cinq jours. Exit à terme des NAP. Mais rien sur la carte scolaire. Confortation des classes d'élite...
Dotations en baisse pour les universités et remise en cause du "droit" à l'enseignement supérieur, qui fonctionnait souvent, il est vrai, en voie de garage temporaire.

Écologie

Combien de temps tiendra Hulot avec un CETA qui fait fi des normes écologiques, avec les autorisations de recherche prétrolière, et surtout avec la suppression brutale des subventions de maintien pour les agriculteurs bio, pressés d'être r

Logement

Couac sur les appels, accusés d'être la cause de la hausse de l'immobilier : 5€ en moins pour tous, qui se traduisent pour certaines par une perte de 16€ (l'APL n'est versée que si son montant dépasse 12€).
Repenser le dispositif ? Pourquoi pas ! Mais là il s'agissait de racler les fonds de tiroir, sans réflexion autre que financière.
Le plus grave : une pression sans précédent sur l'habitat social, qui doit compenser la baisse des APL par une baisse des loyers, handicapant ses capacités d'investissement + des mesures  fleurant la privation à terme du secteur. 

Sécurité

Légalisation des mesures administratives d'urgence avec quelques garde fous bien faibles. On entérine un nouveau recul du pouvoir judiciaire, mettant ainsi un peu plus en question l'état de droit. Avec une chambre des députés ravalée au rang de chambre d'enregistrement, et un pouvoir judiciaire qui s'effrite, pas à pas, on va vers un nouveau despotisme.

Collectivités locales

Un jacobinisme assumé ! Doux étranglement des collectivités locales, que l'on prive de diverses subventions et des emplois aidés. 
Étatisation de la taxe d'habitation, compensée dans un premier temps... mais combien de temps ?
Recul sans précédent des subventions pour la "politique de la ville".
Pas de quoi s'étonner des résultats des sénatoriales !