vendredi 10 mars 2017

Macronite ou vote de classe ?

Trompe l’œil

J'ai déjà dit ce que je pensais du programme de Macron. C'est l'art du trompe l’œil érigé en principe de gouvernement. De ce point de vue, une incontestable continuité avec Hollande, mais avec un tournant encore plus marqué vers un libéralisme économique bon teint.
On promet de donner plus à ceux qui ont moins, de mieux rembourser les prothèses, de réduire encore les cotisations sociales, de réduire les taxes locales, d'augmenter le RSA, de respecter strictement les critères de Maastricht, de lancer un gros programme d'investissement, tout en baissant l'impôt sur les sociétés ... Mais commence finance-t-on tout ça ? Qui paye ? Les 60 milliards d'économies de l'état ? Mais sur le dos de qui ?
Après, si le programme est avant tout un catalogue de mesures (les 101 propositions de Macron), il y a les déclarations et les orientations bien libérales : pousser encore plus loin la logique de dérégulation de la loi travail tout en "suspendant" des avancées sociales comme le compte pénibilité, baisser fortement le nombre des fonctionnaires tout en augmentant les effectifs de la police et de l'enseignement.
Rien de très sérieux sur l'Europe (à part un ministre de la zone euro), rien non plus sur la transition énergétique.
Rien non plus pour s'attaquer vraiment au chômage et à la précarité grandissante des classes populaires, à part l'antienne de la baisse du coût du travail et le mise en formation : OK mais pour quels emplois ???
Rien sur les fractures sociales ou presque : un zeste en direction des banlieues (emplois francs), mais rien de rien sur la paupérisation de la France périphérique où s'enracine le succès du FN.

Socialistes pour Macron ?!?

J'ai du mal à comprendre comment on peut se dire socialiste et adhérer au programme de Macron. Ou plus précisément comment on peut faire l'impasse sur les défis monstrueux d'aujourd'hui : les inégalités grandissantes, la paupérisation et la précarisation des anciennes classes moyennes, laminées par une mondialisation incontrôlée, et par la destruction massive d'emplois amenée par le développement exponentiel du numérique et de la robotisation.
N'est-ce pas une myopie de classe ? Celle des classes supérieures salariées et/ou intellectuelles de nos métropoles qui tirent avantage de la mondialisation et du nouveau modèle économique introduit par les Technologies de l'Information et de la Communication, dont la robotisation ?
Même s'il commence tout juste à se préciser, le programme de Hamon, me semble répondre beaucoup mieux à ces enjeux de civilisation : certes, au départ, le revenu universel ressemblait plus à un slogan qu'à une construction sérieuses, mais aujourd'hui la première étape qu'il propose s'inscrit bien dans une redistribution en direction de tous les laissés pour compte du "progrès mondialisé". De même son propos sur l'Europe s'inscrit nettement dans une dynamique sociale au niveau européen.

Politique éthique

Argument, qui frise l'indécence, entendu de la part de militants du PS : Hamon n'est pas le candidat du PS, c'est celui des primaires. Une majorité de l'appareil du PS et de ses élus votera Macron.
Oui certes, et c'est le signe de la dérive profonde du PS, dont la base sociologique s'est rétrécie et est pratiquement coupée des classes populaires.
Mais, pour autant, qui a choisi de faire une primaire à gauche, "la belle alliance", c'est à dire en fait le PS. Avec une règle du jeu : le gagnant sera le candidat soutenu par le PS. Et est arrivé ce qui était prévisible : le peuple de gauche, qui est venu voter à la primaire a rejeté celui qui incarnait les promesses non tenues et la dérive libérale du quinquennat, au profit de celui qui apportait un souffle d'espoir et de renouveau. Le peuple de gauche ne mérite pas notre confiance : prononçons sa dissolution et élisons donc un autre ? Les règles du jeu n'étaient pas bonnes, donc la partie est nulle ?
Non, le candidat du PS ne peut être que Hamon, et faire campagne pour Macron est ..........


J'entends également des voix qui ne veulent pas avoir à choisir entre peste et choléra. 
Autrement dit, votons tactique pour éviter de tomber sur Charybde ou Scylla.
Mais à force d'être gouverné par la tactique, on en oublie la stratégie et les enjeux : quitte à se prendre les pieds dans le tapis comme l'a fait Hollande.
Or, oui, l'arrivée au pouvoir d'un FN populiste, xénophobe, voire raciste, serait une catastrophe de type Trumpien.  Mais ne voit-on pas que la meilleure façon de lutter contre les Front National et ses idées est d'offrir une véritable alternative aux français, en répondant clairement, non seulement aux besoins de sécurité, mais aussi et surtout au chômage, à la paupérisation et à la précarisation ?
On ne refera pas l'histoire, mais si Bernie Sanders avait été adoubé par les démocrates, que ce serait-il passsé ? Bref, faisons en sorte que Hamon soit le second !