mardi 5 juillet 2016

La dernière séance !

Ite, missa est !

Çà y est, à l'heure où j'écris, avec un futur au présent, mais sans risque de me tromper, le divorce sur la loi travail, long et conflictuel, est pratiquement consommé. Les anciens frères ennemis CGT et FO ont fait leur baroud d'honneur et le gouvernement a imposé la loi à coup de 49.3
Victoire à la Pyrrhus de la couple présidentiel, droit dans ses bottes, du moins Valls qui prend des allures de Don Quichotte. Sancho est évidemment plus réservé, préoccupé par sa réélection à laquelle il est maintenant quasiment le seul à croire.
A dire vrai, le numéro de duettistes auquel se livre notre couple est plus celui des Laurel et Hardy de mon enfance. Avec celui qui multiplie les gaffes et l'autre qui sous ses dehors bonhommes et pondérés a des jeux tactiques dans lesquels il se prend les pieds à plaisir.
              
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Pourtant, dans le dernier numéro de nos compères, guère de dissonance apparente, même si la tonalité des propos n'était pas la même quand on les épluche.
Fermes sur l'article 2 qui cristallise le débat, alors que bien d'autres dispositions du projet de loi restent difficilement acceptables pour un socialiste.
C'est un symbole, plus qu'une menace directe : le risque de moins-disance sociale est réel, mais surestimé. Le vrai problème est qu'en élargissant le champ de la primauté des accords d'entreprise, la loi ouvre la voie à des lois encore plus "libérales" que la droite ne manquera pas de faire passer : "les socialistes ont compris la nécessité de réformer le droit du travail (aux dépens des salariés) mais ne sont pas allés assez loin".

Qu'est-ce qu'un socialiste aujourd'hui ?

Comme je l'ai déjà écrit précédemment, cette histoire est un nouveau révélateur de la compromission idéologique de nos technocrates prétendument socialistes : contrairement à un Michel Rocard, aucun repère de classe, aucune mémoire des luttes ouvrières du passé. 
Certes le PS est essentiellement un parti de petits bourgeois salariés, et le problème de cette petite-bourgeoisie c'est qu'elle n'a pas une vraie conscience de ses intérêts de classe, et qu'elle est perméable au discours libéral-capitaliste. Pourtant, au sens marxien, ce sont des prolétaires ... comme les cols bleus : "Le prolétaire ne possède ni capital ni moyens de production et doit donc, pour subvenir à ses besoins, avoir recours au travail salarié. Le prolétariat ne se réduit donc pas au stéréotype de l'ouvrier en blouse bleue ni du travailleur souillé des mines, mais recouvre l'ensemble des êtres humains qui doivent se soumettre à un travail salarié, quel que soit leur niveau de vie et le niveau de leur salaire."  (Wikipédia)
Certes ils ont un niveau de vie plus élevé, et une certaine fortune. Mais comme Atkinson et d'autres économistes, il faut distinguer fortune et capital : ce n'est pas parce qu’on a un logement et une assurance vie ou des obligations, que l'on a un quelconque pouvoir sur le capital et les moyens de production.
Comme la révolution n'est plus vraiment à l'ordre du jour, et que les contraintes externes économiques sont de plus en plus fortes, condamnant les tentations souverainistes de gauche comme de droite, on est dans une logique de compromis. Non, on ne peut pas faire fi de la productivité du travail. Non, on ne peut pas imposer les sociétés à outrance. Mais on peut se battre contre les inégalités grandissantes, de revenu, de fortune, d'éducation. Un exemple : la France reste un pays attractif à l'international, pour certains secteurs de l'économie. Une des raisons : même si l'éducation en primaire et secondaire s'est délitée, nous formons des ingénieurs et techniciens de haut niveau. Et ce pool de travailleurs qualifiés, attire. Une autre ? Des infrastructures de qualité. Les marges de manœuvre sont étroites, mais ce qui manque le plus actuellement, c'est la boussole politique.