jeudi 10 mars 2016

Triangulation ? ou soumission ?

Un pas de plus vers le précipice.
Après la lamentable opération sur la révision de la constitution et la déchéance de nationalité, le gouvernement accroit le divorce avec la gauche en proposant un projet de loi critiquable sur le fond et sur la forme.
Pour la forme : une concertation en trompe l’œil, une opération marketing à laquelle on peut regretter que Maître Badinter se soit prêté.
Sur le fond. Oui on peut comprendre, voire accepter certaines évolutions : une forme de standardisation des indemnités prudhommales, une meilleure définition des justifications des licenciements économiques, voire le référendum d'entreprise s'il est à l'initiative de syndicats vraiment représentatifs. (Pour avoir été syndicaliste actif, je sais en effet que dans certains cas, sur des sujets précis, les prises de position d'un syndicat majoritaire... ne sont pas forcément majoritaires dans l'entreprise. D'ailleurs, j'ai en mémoire nombre de cas de consultations du personnel organisés par les syndicats eux-mêmes, même majoritaires.)
Mais force est de constater que le texte initial est outrageusement déséquilibré en faveur du patronat le plus rétrograde, transformant le salarié en variable d'ajustement des comptes de l'entreprise.
Et ce sans aucun bénéfice pour les "précaires": au lieu de rendre moins précaires les emplois précaires, c'est le CDI que l'on tire vers la précarité !!!
Pourquoi pas plus de flexibilité si le salarié est plus sécurisé par ailleurs ? Mais là aussi la balance est complètement déséquilibrée : un CPA quasiment vide de contenu en contrepartie de brèches énormes comme la possibilité pour une entreprise de déroger aux accords de branche. Même des voix patronales se sont élevées contre cette possibilité.

Dans le cas de la déchéance de nationalité, on pouvait parler de triangulation (voir un article précédent), le gouvernement prenant des positions occupées par la droite. Mais là c'est pire car ce n'est manifestement plus une position tactique. Il s'agit d'une soumission intellectuelle à l'idéologie libérale la plus débridée, et en plus marquée par une méconnaissance totale des réalités du monde du travail et de l'entreprise.
Comment en est-on arrivé là, avec des ministres issus des rangs socialistes pour la plupart ? Je l'ai déjà évoqué dans un article précédent, en mettant en exergue la responsabilité de François Hollande dans le décervelage d'un PS, privé d'armatures idéologiques et de réflexions politiques de fond, de plus en plus coupé des masses populaires et contrôlé par une "élite" technocratique faisant de la politique son gagne-pain.