vendredi 29 janvier 2016

(L'une) quitte, et (l'autre) double

Finies les cabrioles ! Toute la nuit elle a résisté, mais à la fin elle s'est rendue.
Christiane Taubira  a jeté l'éponge. L'histoire retiendra d'elle le mariage pour tous, pour le reste c'est plus nuancé. Victime sans doute de son isolement au sein du gouvernement, mais aussi de ses propres faiblesses. Un discours clair et fort, nourri des valeurs de la gauche, mais des projets de loi rabotés et en deçà des déclarations ; une indépendance de la justice au milieu du gué.
Manuel Valls a gagné. Du coup, certainement inspiré par Jean-Jacques Urvoas, juriste incontesté mais auteur de la loi liberticide sur le renseignement *, il double la mise sur la déchéance de nationalité en l'étendant aux délits (graves?!?!) en cas d'atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation (ce qui va au-delà du terrorrisme ...). Dans le même temps, en s’emmêlant un peu les pieds, il promet de ratifier la convention internationale proscrivant l'apatridie.
En clair : on ne parle plus de binationaux, mais seuls les binationaux pourront perdre la nationalité française ! Ce tour de passe passe, qui était prévisible (car seule option mi chèvre mi chou présentable), permet de grappiller quelques députés rétifs côté PS qui semblent se satisfaire de cette hypocrisie. Je doute qu'il permette par contre de regagner l'estime ... et les voix... des enfants de l'immigration.
Quant au passage des crimes aux délits, il ôte au LR des motifs de ne pas voter les amendements.

Tout cela fait oublier le débat sur l'état d'urgence, moins emblématique, mais autrement plus dangereux : au risque de me répéter, la possibilité donné à l'assemblée sur proposition de l’exécutif d'un état d'urgence sans limites ni dans le temps, ni dans les mesures "administratives" (c'est à dire hors du contrôle du pouvoir judiciaire). 
Quand s'arrête l'urgence ? Si comme annoncé (Par Valls ?) c'est l'éradication de l'EI, on est parti pour un bout de temps. Gageons que le prolongation de 3 mois sera votée déjà presque aussi facilement que la première ...

Quant à François Hollande, il vient de perdre non seulement une de ses dernières cautions de gauche, mais probablement aussi ses chances de figurer au second tour des présidentielles.
Pourquoi ceux qui se pensent à gauche voteraient-ils pour un président du centre mou, ou du centre droit dont les engagements essentiels n'ont pas été tenus, et dont la politique économique ne semble pas se distinguer de celle de la droite ? 

Le débat suivant sera donc celui des primaires à gauche : pas possible de laisser François Hollande se représenter sans débat sérieux sur la politique qui serait mené, et sans primaires.


* La loi sur le renseignement, largement concoctée par JJ, était indubitablement nécessaire, car je pense qu'il fallait mettre fin à certaines hypocrisies et permettre aux polices d'utiliser les moyens modernes d'espionnage et d'atteinte à la vie privée ... mais pas sans le contrôle des juges ! Or le pouvoir judiciaire, garant des libertés, est largement mis à l'écart tant a priori qu'a posteriori.